L’AMF se mobilise contre les dangers du Forex
La LETTRE de l’Observatoire de l’épargne de l’AMF
Les publicités alléchantes incitant les internautes à devenir « trader », en particulier sur le marché des changes (le Forex), sont nombreuses sur internet. Souvent trompeuses, elles attirent un grand public peu familiarisé avec les marchés financiers mais séduisent par des promesses irréalistes de gains rapides et importants. Les conséquences sont préoccupantes pour le régulateur : nous constatons ces dernières années une envolée des réclamations émanant de particuliers qui se sont risqués à ces investissements, souvent avec des pertes d’argent, qui sont parfois considérables.
L’AMF a donc souhaité pouvoir évaluer précisément les performances des investissements réalisés par les particuliers. Elle a mené une étude auprès de prestataires agréés proposant du trading sur le marché des changes ainsi que du trading de CFD.
Les enseignements, édifiants, viennent confirmer le danger de cette activité pour le grand public.
Ainsi, entre 2009 et 2012, 90 % des clients ont été perdants sur ces marchés. Par ailleurs, les apprentis traders qui ont « persévéré » n’ont fait qu’aggraver leurs pertes au fil du temps.
Si cette étude porte sur des acteurs régulés, les offres pour trader sur internet émanent aussi de nombreuses sociétés qui ne disposent quant à elles d’aucune autorisation et exerçent en toute illégalité. Parmi ces sociétés, certaines cachent des escroqueries, sous le couvert de sites attractifs, semblant sérieux et professionnels. En réalité, l’argent misé par les particuliers est tout simplement détourné et les recours extrêmement limités.
Tous ces éléments sont autant de constats qui justifient pleinement notre mobilisation.
Si l’AMF conduit des contrôles et des enquêtes auprès de certaines sociétés, ces démarches sont rendues ardues lorsque ces prestataires, comme c’est souvent le cas, sont localisés à l’étranger. De plus, elles n’interviennent qu’une fois les préjudices subis.
nous avons par ailleurs obtenu très récemment du Tribunal de grande instance de Paris, avec l’appui du Parquet, de faire bloquer certains sites internet proposant des services d’investissement sans agrément.
Enfin, nous agissons aux côtés de l’ARPP (autorité de régulation professionnelle de la publicité), et son jury de déontologie publicitaire, pour mieux encadrer les publicités sur le trading.
Nous en sommes convaincus : pour protéger les particuliers des agissements de sociétés peu scrupuleuses, la prévention reste
l’arme la plus efficace. C’est pourquoi l’AMF lance une campagne de communication sur internet pour sensibiliser les internautes aux
dangers du Forex (lire ci-dessous).
Benoît de Juvigny,
Secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Marché des changes en ligne, le risque est au bout du clic
En tant qu’autorité publique, l’AMF mène une mission d’intérêt général en matière de protection de l’épargne et d’information
du grand public. à cet égard, les dangers que représentent les incitations pour les particuliers à miser sur le Forex ont été
rapidement identifiés par le régulateur qui a déployé diverses actions de veille et prévention. Une nouvelle étape est franchie
aujourd’hui à travers une campagne de publicité en ligne, première initiative de cet ordre pour l’AMF.
Devenir trader en quelques heures ou empocher des gains très rapidement : telles sont les promesses de nombreuses publicités
émises. Jouant avec les codes de ces messages promotionnels, la campagne de l’AMF a été conçue pour capter l’attention des
internautes de façon décalée et humoristique. Dès le 13 octobre, une création parodique est visible sur de nombreux sites internet
de grande audience en format publicitaire « bas d’article ». Au premier clic, l’internaute découvre un « pop-up » qui lui révèle le
caractère détourné de cette publicité d’accroche.
Cette campagne se prolonge directement sur le site de l’AMF http://www.amf-france.org. Accessible depuis la page d’accueil, un
espace riche de contenus a été imaginé pour permettre de manière didactique, illustrée et vivante de mieux comprendre les risques liés au trading sur le Forex. Vidéo, témoignages, glossaire, chiffres clés :
autant d’informations que l’internaute pourra consulter et ainsi réaliser que derrière une publicité accrocheuse peuvent se cacher
des dangers importants et de vraies arnaques.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Forex : les particuliers perdantsL’AMF a réalisé une étude afin de disposer, pour la première fois, d’une évaluation précise des gains ou pertes de particuliers investissant sur le Forex et/ou les CFD. Les conclusions éloquentes montrent que ces activités de trading ne procurent aucun bénéfice à une très large majorité de ces investisseurs.
Méthodologie
Une étude réalisée auprès des acteurs agréés.
L’étude dont nous présentons ici les résultats repose sur es chiffres collectés auprès d’acteurs régulés de taille significative et non auprès d’entités offrant des services d’investissement sans disposer des agréments requis.
Les acteurs interrogés par l’AMF constituent une part significative du marché du trading des CFD (contract for difference) et du Forex en France.
Les données annuelles recueillies portent sur une période de 4 années, allant de 2009 à 2012, et concernent 14 799 investisseurs particuliers actifs.
L’étude globalise les résultats de la clientèle de particuliers ayant investi au moyen des instruments suivants :
- Rolling Spot Forex ;
- Options binaires ;
- CFD sur devises ;
- CFD sur tout autre type de sous-jacents (actions, obligations, indices, devises, matières premières).
Selon la société d’étude Investment Trends, les investisseurs actifs sur internet (au moins un ordre par an) sur le Forex et les CFD seraient 20 000 à 30 000 en France.
Il s’agit d’investisseurs ayant une relation « privilégiée » avec un intermédiaire principal agréé. L’étude menée par l’AMF est donc basée sur une population représentative puisqu’elle concerne près de 15 000 investisseurs particuliers. L’étude réalisée par les services de l’AMF a pour objectif d’évaluer les résultats financiers des investissements sur le Forex et les CFD réalisés auprès de prestataires de services agréés.
Les investisseurs parviennent-ils à générer des gains ? Quelle est la proportion de clients gagnants ou perdants ?
Pour le savoir, nous avons interrogé quelques acteurs spécialisés autorisés à proposer leurs services en France (voir la méthodologie de cette étude ci-contre).
9 clients perdants sur 10
Les résultats montrent que sur la période étudiée, une grande majorité des clients ont généré des pertes financières. Ainsi, sur une période d’un an, le pourcentage de clients perdants varie, selon les prestataires et les années, de 75 % à 89 %. Tous prestataires
confondus, ce pourcentage de clients perdants sur une année est proche de 84 %.
Sur une période de 4 ans, les constats sont édifiants : de 2009 à 2012, pour près de 9 clients sur 10, le trading sur le Forex et les CFD a généré des pertes financières.
On constate en effet sur la clientèle des établissements interrogés :
- un taux de clients perdants de plus de 89 % ;
- un résultat négatif moyen de près 10 900 euros par client.
Le résultat négatif médian est de 1 843€ par client.
Sur 4 ans, 13 224 clients ont perdu au total près de 175 millions d’euros, tandis que les 1 575 clients restants ont gagné au total 13,8 millions d’euros.
Trader plus pour perdre plus
Les publicités affichent souvent la possibilité de passer de nombreux ordres, parfois de manière automatique, ou de pouvoir passer des ordres d’une taille importante avec un dépôt minimum, grâce à un effet de levier maximum.
Qu’en est-il des résultats des investisseurs les plus actifs ?
Ont-ils été meilleurs que ceux des investisseurs peu actifs ?
Engager des montants plus importants permet-il de réduire les pertes ?
L’étude montre clairement que les clients ayant passé le plus grand nombre d’ordres ou des ordres de taille importante perdent davantage.
Ainsi, les investisseurs ayant passé au moins 250 ordres sur 4 ans (52 % de la population étudiée), ont perdu en moyenne 18 741 euros. Ceux ayant passé 1 000 ordres ou plus (23 % de la population) ont perdu 31 349 euros.
Par ailleurs, les particuliers ayant passé des ordres de plus de 10 000 euros (62 % de la population) ont perdu en moyenne 14 876 euros. Les particuliers dont les ordres dépassaient les 50 000 euros ont perdu 28 318 euros.
Pas d’apprentissage dans le temps
Afin de déterminer si les investisseurs apprennent de leurs erreurs sur la durée, l’AMF s’est focalisée sur ceux qui étaient actifs durant chacune des 4 années étudiées (près de 2 000 traders).
En 2009, plus de 82 % d’entre eux ont perdu de l’argent, pour un montant moyen de 4 989 euros. Sur 2 ans (2009-2010), ce sont plus de 85 % d’entre eux qui ont perdu de l’argent et leur perte moyenne se creuse à 10 183 euros.
Enfin, sur 4 ans (2009-2012), le taux de clients perdants, au sein de cette population de traders persévérants, passe à près de 88 % et la perte atteint les 26 745 euros.Biais comportementaux
Ces résultats peuvent surprendre par leur netteté. Mais s’ils indiquent que 9 clients sur 10 ont réalisé des pertes sur la durée, cela ne signifie nullement que 9 « trades » sur 10 soient perdants. Une perte importante peut annuler plusieurs gains minimes…
Ces résultats s’expliquent probablement par un biais comportemental souvent constaté chez les investisseurs : ceux-ci ont tendance à sortir moins vite des positions perdantes que des positions gagnantes.
La multiplication du nombre de transactions ou la hausse des montants investis contribueraient donc, à la longue, à aggraver les pertes de la plupart des clients.Ces statistiques montrent que même les traders réguliers et persévérants, qui après 4 ans de trading actif pourraient être qualifiés d’expérimentés, sont très majoritairement perdants.
Contrairement à l’idée selon laquelle il est facile d’apprendre à trader, cette étude démontre qu’il n’y a pas d’effet d’apprentissage et que persévérer ne paie pas. « Bien que les offres les plus agressives soient sur le Forex, les pertes sur CFD (tout sous-jacents
confondus) et Forex sont, selon les données disponibles, comparables quoique légèrement plus importantes sur le Forex.
En conclusion, l’immense majorité des clients particuliers sont perdants sur le trading Forex et CFD, y compris les plus expérimentés : les plus actifs sont en effet ceux qui perdent le plus.
Du côté des autres autoritésLa CFTC (Commodity Futures Trading Commission), aux étatsUnis, a pris en 2010 différentes mesures pour protéger les investisseurs. Elle oblige les prestataires de services à publier le taux de clients perdants. Il s’agit de statistiques trimestrielles portant uniquement sur le trading sur le Forex de la clientèle de particuliers.
Ainsi, il apparait que sur le 2e trimestre 2014, 60,5 % de la clientèle a été perdante.
L’autorité de marché polonaise (UKNF) a de son côté réalisé une étude similaire à celle de l’AMF pour 2011. Elle a ainsi constaté, sur une période d’une année, un taux de clients perdants sur le Forex de 82 %.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
L’engrenage du trading spéculatifLes plaintes adressées à l’AMF permettent de mieux comprendre le piège mis en place par certains sites internet de trading …
Après avoir été attirés par des publicités vantant des gains rapides, sans avertissement sur les risques, les clients acceptent de laisser leurs coordonnées téléphoniques sur les sites internet de ces sociétés afin de pouvoir « s’entraîner » gratuitement sur un compte de démonstration.
Il s’en suit des appels téléphoniques insistants de personnes se présentant comme « coach » ou « conseiller » et promettant des formations en contrepartie du versement par carte bancaire de quelques centaines d’euros au départ.
La plupart des « trades » se pratiquent par téléphone sur les indications du coach. Après la constatation des premières pertes, le coach incite à de nouveaux versements en faisant miroiter des bonus sans préciser que la disponibilité de ces bonus suppose des investissements très importants.
C’est ainsi que le client finit par verser des sommes importantes au regard de ce qu’il peut supporter. De plus, certains clients font état de prélèvements sur leur compte qu’ils n’avaient pas autorisés ou pour des montants supérieurs à leurs instructions.
Dès la moindre tentative de réclamation, le coach devient injoignable et les « clients » perdent la totalité de leurs dépôts successifs.