par Myrrdin » 15 Oct 2024, 09:11
Ma méthode d'analyse fondamentale - 1ère partie
Les bases
Je présente ici ma méthode d'analyse fondamentale sur les actions. Elle n'a pas valeur de vérité, elle est simplement le fruit de mes recherches, et peut être discutée, voire même carrément contestée sans aucun problème.
Il est de coutume de séparer l'analyse fondamentale de l'analyse technique. A mon sens, l'efficacité optimale s'obtient en combinant les deux.
Rappelons tout de même qu’in fine, c’est toujours le technique qui prime : ce qu’on achète et vend, c’est le prix d’une action, pas ses comptes, sa dette ou ses perspectives de croissance. Je réfléchis donc de plus en plus à une pratique de l'investissement où le technique prime sur le fondamental, y compris sur les actions. C'est en cours de réflexion.
Si tout le monde est prêt à acheter de bouse de vache en étant convaincu que c’est du chocolat, ça se vend au prix du chocolat, peu importe ce que c’est. La clé, c’est d’être prêt à revendre tout son stock dès que quelqu’un dit un truc du style « Hé, ça sent bizarre, non ? ».
Ceci étant posé, repartons des bases. Une entreprise n'a, économiquement parlant, qu'une seule fonction : prendre de la thune à des gens, s'en servir pour produire des biens et des services qu'elle vend avec bénéfices pour ressortir plus de thunes. Cela fonctionne, que l'entreprise vende des pommes de terre, des obus, ou des prestations de stages de bien-être par l'équithérapie.
Je parle ici de la fonction économique de l'entreprise en mettant volontairement de côté les questions sociales, éthiques et environnementales, qui sont importantes. Elles n'entrent seulement pas dans le cadre de mon sujet.
Une fois cet argent obtenu l'entreprise peut s'en servir de plusieurs manières :
1) Faire de la croissance : soit par des fusions-acquisitions, soit en se développant en ouvrant d'autres usines/bureaux, en recrutant des salariés, en augmentant les salaires (ce qui permet d'espérer de faire augmenter le niveau qualitatif des employés), en faisant de la recherche et développement... bref, l'entreprise réinjecte l'argent dans son activité
2) Renvoyer l'argent aux actionnaires : sous forme de dividendes, de rachats d'actions notamment
3) Assainir sa trésorerie : en mettant de l'argent en trésorerie, en remboursant ses dettes...
L'argent est obtenu basiquement de deux manières principales :
1) Via les actionnaires : ce sont les capitaux propres
2) Via les banques : c'est l'endettement
D'où il peut déjà apparaître que ce qui nous importe sera d'abord la capacité de l'entreprise à transformer de l'argent en plus d'argent, indépendamment de la manière dont cet argent sera ensuite employé. S'il part dans de la croissance ou de l'assainissement de trésorerie, cela devrait se ressentir dans le prix de l'action. S'il part dans les dividendes, ça se ressentira aussi. Mais il faut d'abord évaluer la capacité de l'entreprise à créer de l'argent. Il existe des indicateurs pour ça, j'en utilise trois. On les calcule à partir du bilan ou on les trouve sur le Net (perso j'utilise Simply Wall Street, ou ABC Bourse).
Indicateurs génériques :
• ROE (Return on Equity) : rapport entre résultat net et capitaux propres, multiplié par 100 pour donner un pourcentage.
• ROA (Return on Assets) : rapport entre résultat net et ensemble des actifs, multiplié par 100.
• ROCE (Return On Capital Employed) : rapport entre résultat d'exploitation après impôts, et somme (dette + capitaux propres) multiplié par 100.
Ici, au-delà du calcul, ce qu'il faut comprendre, c'est ce que nous disent ces indicateurs. Exactement comme en analyse technique, l'indicateur ne vaut que par la compréhension qu'on en a.
Le ROE nous indique la capacité d'une entreprise à transformer l'argent des actionnaires en plus d'argent. Cet indicateur a un gros défaut : il ne prend pas en compte la dette.
Si mon entreprise produit 5€ par an et pour 100€ investis (ce qui n'est pas dingue, mais ça dépend des secteurs), le ROE est de 5%. Mais si je décide d'emprunter 400€ à la banque, je peux produire 25€ (avec mes 500 de capital). Le truc, c'est que le ROE, calculé sur les capitaux propres uniquement, va monter à 25% (ce qui est stratosphérique). Alors que l'entreprise n'est pas si rentable que ça.
D'où le ROA, qui calcule, lui, l'ensemble des actifs. Une forte divergence entre ROE et ROA doit nous faire rechercher un endettement important.
Le ROCE, lui, est mon indicateur préféré : il est "tout-en-un", puisqu'il prend en compte le résultat, les impôts, la dette, les capitaux propres, bref, absolument tout.
A mon sens, le ROCE est le nerf de la guerre, qui conditionne tout le reste.
ROE, ROA et ROCE doivent être comparés au reste du secteur (l'immobilier n'a pas le même ROCE que le luxe). Mais basiquement, on peut globalement dire qu'on attend des ROCE entre 5 et 20%. En-dessous, c'est nul, au-dessus c'est extraordinaire.
Vous êtes toujours là ? Bien. Parlons de la dette, maintenant.
La dette
La dette est l'argent emprunté par l'entreprise aux banques pour alimenter ses activités. C'est un fait, personne n'aime être endetté. Néanmoins, économiquement, ce n'est pas une mauvaise chose. Une entreprise avec un ROCE de 17% qui peut emprunter de l'argent à un taux de 4% aurait tort de se priver !
Il y a néanmoins certaines règles à respecter. Personnellement je n'utilise qu'un seul indicateur pour évaluer la dette : le ratio "dettes/capitaux propres".
J'attends que l'entreprise ait plus de capitaux propres que de dettes, dans l'idéal. Et, si la dette augmente, elle doit augmenter moins vite que les capitaux propres (le ratio diminue). Une entreprise avec un ratio supérieur à 100% et qui augmente est une entreprise qui va avoir des problèmes.
Rappelons que sur la dette, beaucoup de choses dépendent de l'inflation : qui dit inflation forte dit relèvement des taux directeurs, dit emprunt à des taux plus élevés, dit entreprises fortement endettées en forte difficulté.
(Note : certains utilisent le ratio d'autonomie financière, ou même le Price-to-Book Ratio... Comme pour les indicateurs techniques, à mon sens, le succès ne se trouve pas dans la surabondance).
Maintenant que les bases sont posées, parlons des stratégies d'investissement.
Stratégies d'investissement :
Concernant les actions on définit en général trois stratégies viables.
• Valeur : on achète des entreprises injustement sous-évaluées en espérant que le marché va finalement reconnaître qu’elles étaient injustement sanctionnées. Cela implique nécessairement une prise de bénéfices à un moment.
• Croissance : on vise des entreprises en forte croissance en espérant que cette croissance se reflétera dans les prix.
• Rendement : on achète des entreprises dans des secteurs assez matures, qui sortent un rendement régulier sous forme de dividendes. C'est à mon sens la méthode la plus "pépère", économe en énergie mentale, mais pas forcément la plus rentable.
Selon la stratégie choisie (et qui doit être claire dans la tête de l'investisseur quand il prend ses positions), on va rechercher des caractéristiques un peu différentes, même s'il existe des dénominateurs communs. Dans la suite du post, je vais faire un peu plus de lien avec l'analyse technique.
Les dénominateurs communs :
Quelle que soit l'entreprise je recherche :
Pour le fondamental :
• L'aspect géopolitique : par exemple, une entreprise française ou US qui fait 75% de son chiffre d'affaires en Chine est vulnérable si la Chine envahit Taïwan => sanctions économiques. De manière générale je ne miserais pas, dans le contexte actuel, sur des entreprises en lien fort avec Chine, Taïwan, Russie, Israël ou n'importe lequel des voisins d'Israël. Encore une fois, ici rien à voir avec l'éthique ou la morale, tout à voir avec la gestion du risque.
• Les news : je ne parle pas de la dernière news, mais de l'ambiance générale qui se dégage sur un an. Est-ce que l'ambiance est bonne, catastrophique, mitigée ? Il est aussi intéressant de voir les opérations des insiders : les membres du comité de direction ont-ils vendu en masse récemment ? Ce point est à mettre en rapport avec la capitalisation boursière de l'entreprise (si le PDG d'Air Liquide vend pour 600 000€ d'actions pour acheter une maison de campagne, grand bien lui fasse).
• ROE, ROA, ROCE élevé. Surtout ROCE.
• Ratio d'endettement acceptable et en diminution
• CA et résultat net en augmentation
Pour le technique :
• Tendance haussière ou bas de range
• Absence de surachat
• Acheter proche des supports et loin des résistances
Oui, je sais, c'est fou comme c'est novateur.
Pour des raisons de lisibilité je vais arrêter mon post ici. On détaillera les caractéristiques en fonction de la stratégie dans un post suivant.
Dernière édition par
Myrrdin le 15 Oct 2024, 12:24, édité 1 fois.